Introduction

 

Il faut être vigilant devant les oeuvres de Rodolphe Le Corre, car elles n’admettent pas la superficialité des regards : aux uns ou aux autres, elles pourraient sembler trop austères, ou trop séduisantes, trop figuratives ou trop abstraites, trop peinture ou… non, car face à elles, s’impose la certitude d’une présence. Chaque motif, exempt de tout anecdotisme, apparaît comme un lieu habité, noeud tellurique où se croisent espaces physiques et temporels.

Une faille dans une falaise, une meurtrière transperçant une épaisse muraille, un pan de mur, l’étrave d’un bateau, la silhouette d’une balise, sont comme autant de jalons d’une quête visuelle, de signes reconnus par le regard, retenus par la mémoire. Des impacts puissants des couleurs impressionnantes d’austérité ou de vigueur, surgit la forme, rigoureuse, comme évidente, d’une sobriété monumentale et pourtant si sensible. Car c’est grâce aux profondeurs de la couleur et de la matière que vibre le dessein, comme pour mieux nous en restituer à la fois l’immortalité et l’intemporalité.

La densité de la pâte ne tient pas en effet au seul plaisir « jubilatoire », avoué, pour les richesses tactiles d’un matériau. Les épaisseurs, rugosités, fluidités de la peinture à l’huile, dont la lenteur même de séchage participe à l’élaboration de l’œuvre, sont des témoins stratigraphiques de la réappropriation d’un motif et des sensations qu’il a éveillées, distillés par la mémoire. Dès lors, la gestuelle apprivoise ces résurgences mnémotiques tout autant qu’elle s’en fait le messager, en traduit les forces émotives, qui tendent parfois au vertige et à la fascination.

Et c’est bien parce que celles-ci sont servies par une recherche exigeante de la construction interne du tableau, qu’elles y trouvent leur propre espace de respiration.

Patricia Plaud-Dilhuit

 

 

PRESSE

 

« J’AIMERAIS PEINDRE LA LUMIERE DE TON PAYS »

« J’aimerais peindre la lumière de ton pays ». C’est dans ces termes, lors d’une conversation avec mon galeriste suisse Édouard Roch, alors que nous étions assis autour de cette grande et longue table dans la galerie à Ballens sur Morges, que l’aventure a commencé.

Édouard m’a répondu : « je te prends au mot ! Je t’invite à travailler sur place ».

L’axe de mon travail sera les quatre saisons en Suisse.

C’est là une démarche simple et compliqué à la fois car il s’agit d’aborder des univers différents de mon quotidien Breton.

Cette résidence est pour moi le prolongement de ma recherche en peinture que je définis comme une lutte, un combat avec les éléments observés, une friction à la réalité.

Les études in situ (croquis et aquarelle) des sujets observés font naître des graphismes et des couleurs et donnent une certaine tension que je recherche dans ma peinture, pour aboutir à un équilibre fidèle à ce que je ressens face au sujet et non à ce que je vois.

Faire sourdre du sujet la peinture qu’il recèle.

Dans ses conditions l’aquarelle, le dessin, le peinture narrative ne m’intéresse pas.

Le paysage est un prétexte à la peinture et les travaux en extérieur sont des études précieuses que je qualifie de « trésor de guerre ».

 

BALLENS – Automne 2005

Je me suis installé chez Claude un voisin d’Édouard en face de la galerie. C’est dans son garage, transformé pour l’occasion en atelier, que des peintures de petits et moyen formats ont vu le jour.

Mon premier séjour est chargé de découvertes, de réflexions, de mise en condition afin de m’imprégner de ce territoire, entre le pied du Jura et le lac Léman. Je sillonne le pays en quête de quelques lieux susceptibles de correspondre à ma recherche, par un travail d’aquarelle et de dessin in situ.L’automne en suisse est un festival de couleurs. Les arbres passent par des jaunes ,des oranges et des rouges flamboyants. Les tuiles des toitures du village semblent leur répondent. Ce contraste de couleurs semble poussé au maximum.

Petite anecdote, une rencontre sympathique avec un renard qui a élu domicile près du capteur d’eau au dessus de Yens. À chaque fois que j’y travaille, il est bien rare qu’il ne soit pas au rendez vous, quelque soit la saison.

 

BALLENS – Mai 2006

Pour ce second séjour, mon atelier est cette fois installe dans une salle de la galerie, celle au sol de briques. Dans ce grand espace, les conditions de travail sont excitantes. La peinture et les toiles m’attendent et le printemps est au rendez-vous.

Comment transcrire la fraîcheur des champs, la clarté et la transparence de l’air du moment ?

Les verts, en Suisse, ont une présence particulière. Sûrement cette pointe de rouge dans leur composition, légèrement neutralisé. Ils développent toute une gamme de gris verts faussement tendre dans les teintes claires, et jamais noir dans les foncés, d’une grande subtilité.

Le propre d’une résidence d’artiste c’est aussi de rencontrer la population du pays. Ainsi les élèves de l’école du village sont venu me rendre une visite à l’atelier. Moment de découverte et d’échanges.